Switcher et se lancer dans un projet entrepreneurial, c’est le choix de Sophie Serizier et de Natacha Seker.

VIA Pro est allé à la rencontre de ces deux jeunes femmes,  pleines de talents.

  Crédit photo Noémie DEVEAUX

Sophie, tu vis à Istanbul depuis 7 ans, peux-tu nous rappeler ton parcours ? 

J’ai choisi de m’installer à Istanbul pour vivre une nouvelle aventure familiale et professionnelle. On s’est laissé prendre rapidement par son dynamisme et sa multitude d’opportunités. Nous avions prévu de rester 2 ans, nous en sommes à 7 ! Ces années stambouliotes ont été très riches, à tous les niveaux.

En 2011, j’ai été élue présidente d’Istanbul Accueil. Opportunité saisie plutôt que volonté personnelle, cette expérience m’aura permis de découvrir une organisation, de me faire de nombreux contacts et de vivre des moments inoubliables. J’ai finalement occupé cette fonction  3 ans, me créant un réseau important à Istanbul.

Au bout de ces 3 années, puisque nous avions décidé de rester à Istanbul, j’ai crée VIA Pro (ex IA Club Pro) pour répondre à la problématique du développement professionnel à l’étranger.

Pourquoi as tu décidé d’entreprendre et pourquoi dans ce secteur ? 

La question de mon projet professionnel à Istanbul est rapidement devenue essentielle. Les conditions de travail locales (45h/semaines, 2 semaines de congés/an, rémunération ) et les contraintes légales m’ont rapidement orientée vers l’entrepreneuriat, qui m’a semblé être la meilleure alternative. 

Vivre à l’étranger m’a également permis de réfléchir à ce que je voulais vraiment. J’ai alors décidé de « switcher » et de me lancer !

Forte de mon expérience, de la connaissance des besoins de la communauté francophone locale et de mon réseau stambouliote, la création d’un espace d’accompagnement au développement professionnel m’ a semblé opportun, surtout qu’aucune autre structure ne répondait à ce besoin actuellement.

VIA Pro se développe aujourd’hui avec le soutien et l’apport d’autres francophones à Istanbul ayant à cœur de voir éclore une plateforme qui mettrait toutes ces préoccupations professionnelles en dynamique.

Au bout de quelques mois j’ai intégré l’espace de coworking Kolektif House avec lequel je suis partenaire. Est né le centre de formation qui propose un programme annuel puis « la pépinière » pour accompagner les projets entrepreneuriaux

Quel est ton retour sur cette expérience entrepreneuriale ? 

 Vivre à l’étranger m’a redonné de l’espace dans mon parcours professionnel. L’entrepreneuriat a été la solution la plus appropriée à ma situation et les rencontres que j’ai pu faire ont été essentielles. Ce sont elles qui ont activé cette prise de conscience et m’ont permis de me lancer. Puis la Turquie est un pays d’entrepreneurs. Culturellement cela m’a beaucoup encouragé et surtout montré que c’était possible et qu’on a le droit à l’erreur.

 Mon regard a changé sur ma capacité à devenir acteur de mon avenir. J’étais en France dans un schéma classique de salariat. C’est dommage. Il a fallu que je parte à l’étranger pour prendre en considération cette option.

Au-delà de mon regard porté sur l’entrepreneuriat, c’est tout mon modèle de références qui a évolué. Il me semble en France que le frein culturel est énorme. La peur de l’échec est bloquant même si le fait d’entreprendre est plus plébiscité aujourd’hui.

VIA Pro m’a permis de mieux me connaître, de cerner mes points forts et mes intérêts. Il est maintenant très clair pour moi que j’aime travailler en collaboration, détecter les talents et les besoins et animer des dynamiques. J’ai appris énormément de cette expérience et surtout, j’ai vécu une aventure humaine exceptionnelle.

Quel est ton souhait pour VIA Pro?

Aujourd’hui je passe le relais à Natacha Seker et je suis ravie de cette passation. Alors que je me dirige vers d’autres horizons, la rencontre avec Natacha fut précieuse. Elle correspond tout à fait au profil que nous recherchions pour prendre la suite, développer le projet et assurer sa pérennité. Je lui souhaite tous mes vœux de réussite et de positionner VIA Pro comme le réseau professionnel international incontournable à Istanbul.

Tu te prépares au retour en France, quels sont tes projets pour la rentrée? 

Je vais déjà tâcher de m’installer correctement, veiller à ma famille et trouver mes repères dans ce nouvel environnement. Je sais que le retour en France n’est pas toujours une étape facile ! Mais je me sais aussi pleine de ressources et reviens dans une petite année vous présenter mes nouveaux projets !

Un dernier mot puisque c’est le moment de dire au revoir : certaines personnes ont été déterminantes dans le développement de ce projet, au cœur de la matrice, elles ont participé à l’euphorie, aux coups de mou, aux discussions sans fin, au doute et au succès. Un grand merci à Caroline Gaujour, Gwénola Cadot, Marie Nuss-Bonneau, Joseph Donyo, Thibault Sevin, Mélanie Ozgenler et Frédérique Picard.

Merci Sophie,  nous serons ravis de partager ton feedback après ton retour en France.

  Crédit photo Noémie DEVEAUX

Natacha, tu reprends la coordination de VIA Pro, peux-tu nous dire quel a été ton parcours, et comment es-tu arrivée à Istanbul ?

Après mes études à l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon et un Master en management, j’ai travaillé pour différents organismes internationaux (au Maroc, au Liban, en France et au Luxembourg). Lors de ma dernière expérience, je coordonnais un réseau de dirigeants d’institutions de microfinance africaines.

Je suis tombée amoureuse d’Istanbul en 2008, alors que mon mari, français d’origine turque, y travaillait et je rêvais depuis d’y vivre.

En 2013, alors que nous venions d’avoir une fille, l’occasion s’est présentée d’aller s’installer en famille.

A quels défis as-tu été confrontée dans ton installation ?

Un triple défi s’est alors présenté : prendre ses marques en tant que « jeune maman » « au foyer » « dans un pays que l’on découvre ». Je me suis tout de suite inscrite à des cours de turc avec le projet de chercher un travail dès que j’aurais acquis un niveau de turc suffisant.

En parallèle, avec des amis, nous avons monté l’association Trait d’Union – Assemblée des Franco-Turcs. Elle représente et fédère les doubles nationaux franco-turcs, qui sont très nombreux ici mais qu’aucune association ne représentait.

Quant à ma recherche de travail, le fait de ne pas avoir la nationalité turque, de ne pas maîtriser la langue à un niveau professionnel et de rechercher de la flexibilité pour rester disponible pour ma famille, a posé problème.

Comment as-tu connu VIA Pro et pourquoi as-tu décidé de reprendre le projet ?

Dès la création de VIA Pro en 2014, le projet m’a emballé mais pour différentes raisons, je n’ai pas pu m’y impliquer. En même temps, l’idée de créer ma propre structure a germé mais je ne savais pas de quelle manière aborder cela.

Après la naissance de mon 2ème enfant en 2016, je m’étais dit « à la rentrée 2017, je me lance, je m’inscris à VIA Pro et je créé mon entreprise » mais je n’avais pas encore d’idée précise. Quand j’ai appris le départ de Sophie, je me suis dit « Moi qui comptait m’inscrire, comment je vais faire si ça s’arrête ? ». Je l’ai contactée et elle m’a tout simplement proposé de prendre la suite. C’était finalement une opportunité qui répondait parfaitement à mes attentes et mes compétences. J’en profite pour remercier Sophie Serizier et toute l’équipe pour la confiance qu’ils m’accordent dans la réussite de ce projet.

En quoi ce projet te paraît pertinent ?

VIA Pro répond à une réelle demande de personnes qui ont quitté leur carrière pour vivre une aventure passionnante à l’étranger. Elles ont du potentiel, des idées et de l’énergie à revendre mais elles ne trouvent pas un cadre adapté pour développer leurs projets. Il y a principalement 3 profils : ceux qui suivent leur conjoint dans le cadre d’un contrat d’expatriation, ceux qui rejoignent un conjoint turc installé ici, et ceux qui partent à l’aventure seuls. Beaucoup imaginent qu’une fois sur place ils pourront travailler mais ils se rendent rapidement compte que c’est compliqué, à moins de créer leur propre structure. Et quand ils décident de se lancer, ils ont besoin d’être accompagnés et de développer leur réseau.

Pour pouvoir créer et faire vivre sa structure, cela demande de développer et maitriser de nouveaux savoirs et outils, d’où l’idée de proposer des formations taillées sur mesure pour ces nouveaux jeunes entrepreneurs, qui bénéficient également de l’expérience de ceux qui sont passés par ces étapes juste avant.

Quelles pistes de développement pour les années à venir ?

D’une manière générale, je souhaiterais que VIA Pro devienne incontournable pour les personnes qui veulent saisir l’opportunité de leur passage en Turquie pour développer leurs connaissances, découvrir et faire éclore leurs talents, réaliser leurs ambitions et s’épanouir pleinement.

J’aimerais commencer par élargir l’offre pour les personnes qui n’ont pas de projet professionnel mais qui ont le temps et l’envie de suivre des formations de développement personnel et/ou qui souhaitent garder la maitrise des derniers logiciels et technologies informatiques.

Ensuite, j’aimerais renforcer le pôle « entrepreneurs » car maintenant qu’une quinzaine de projets ont vu concrètement le jour grâce à VIA Pro, ces personnes sont en demande de nouveaux services plus adaptés à leur stade de développement.

Enfin, j’aimerais que VIA Pro assiste de manière plus approfondie les personnes qui vont arriver en Turquie à la rentrée 2017 ainsi que ceux qui quittent la Turquie, afin qu’ils préparent leur retour.

Merci Natacha, et tous nos voeux de réussite.